Pas étonnant que les associations et les fondations de l’Hexagone redoutent la suppression de l’ISF planifiée par Emmanuel Macron et applicable dès 2018. Inutile en effet de se cacher derrière son petit doigt : si les dons engrangés chaque année (plus de 3 milliards d’euros au total) sont le fait de la générosité des Français, ils sont aussi la conséquence des larges dégrèvements fiscaux qu’ils génèrent. Rien ne va changer du côté de l’impôt sur le revenu – les donateurs vont toujours pouvoir déduire 66% de leurs versements (75% pour les organismes d’aide gratuite aux personnes en difficulté, jusqu’à 530 euros) dans la limite de 20% de leur revenu imposable.

Mais le remplacement de l’ISF par l’IFI (impôt sur la fortune immobilière) va réduire considérablement les possibilités offertes aux donateurs. Le mécanisme de déduction restera le même : les ménages redevables pourront soustraire de leur impôt 75% de leurs dons, dans la limite de 50.000 euros par an. Mais comme la nouvelle taxe, restreinte aux seuls biens immobiliers, frappera beaucoup moins de foyers et sera nettement moins lourde que la précédente, les versements aux associations devraient en pâtir.

Selon France Générosités, le syndicat du secteur, cette réforme pourrait réduire chaque année de 120 à 150 millions d’euros le montant des sommes collectées. Du coup, les associations s’affolent. D’autant que cette mauvaise nouvelle s’ajoute à la baisse drastique des emplois aidés (– 50% environ entre 2016 et 2018) décidée cet automne par le gouvernement.

Reste que les Français donneraient sans doute davantage si les associations se montraient rigoureuses sur l’utilisation des fonds collectés. Il est incontestable que des efforts ont été réalisés ces dernières années, la cinquième édition de notre enquête exclusive le prouve. Mais bon nombre de structures continuent malheureusement d’afficher de médiocres ratios. A preuve, la proportion de ressources engloutie en frais de fonctionnement oscille entre 1% et… 55% selon les associations ! Le tableau que nous vous proposons dans ces pages devraient vous permettre d’y voir plus clair dans ce maquis. Et de bien orienter vos dons.

 

Zoom sur six associations

Fédération française de cardiologie (FFC)

L’association, qui regroupe 300 cardiologues bénévoles et initie aux premiers gestes de secours, fait surtout de la prévention. Avec un objectif : montrer que l’activité physique permet de lutter efficacement contre les maladies cardio-vasculaires. L’an dernier, elle a ainsi organisé 850 “parcours du coeur” dans toute la France, qui ont absorbé 35% de ses dépenses, loin devant la recherche médicale (20%).

La dégradation des chiffres en 2016 doit être relativisée : en mettant en réserve 5 millions d’euros, la FFC a réduit d’autant ses dépenses opérationnelles, ce qui a mécaniquement fait monter les frais de collecte (de 20 à 26%). Cette dernière est toutefois efficace puisque chaque euro investi dans la recherche de dons et legs a rapporté 5,81 euros l’année dernière.

Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France

A en croire la fondation de Bernadette Chirac, rendue célèbre par ses fameuses opérations Pièces jaunes destinées à adoucir le quotidien à l’hôpital, les comptes sont “bons” et témoignent “d’un haut niveau d’activité et d’une situation fondamentalement saine”. Mais un rapide coup d’oeil à nos chiffres permet d’en douter. Les frais de collecte ont certes diminué ces dernières années (ils s’élevaient à 32% en 2012), mais ils affichent encore un niveau élevé (21%). Résultat, la part des dépenses affectées aux missions ne dépasse pas 73%. Plus étonnant : malgré une baisse des dons en 2016 (– 9,8%), les salaires ont progressé de 5,7%. Et le montant des ressources non utilisées a crû de façon préoccupante (2,7 millions en 2016, en hausse de 35% sur un an).

France Alzheimer

L’opération en a agacé certains, mais elle a été actée : le siège parisien de l’Union nationale des associations France Alzheimer s’agrandit et s’embourgeoise. La structure s’apprête à quitter mi-janvier ses 650 mètres carrés sur les grands boulevards pour emménager dans les 1.000 mètres carrés qu’elle vient d’acheter au 13, rue Tronchet, à deux pas de la Madeleine, pour… 14 millions d’euros. Soit quasiment une année de collecte !

Il faut dire que les affaires tournent bien. Les dons ont doublé depuis 2011, les legs triplé entre 2015 et 2016, et les offres de formations rapporté 30% de plus en seulement un an. Et ce n’est qu’un début. “Les chiffres de la formation sont en train d’exploser”, se réjouit Joël Jaouen, le président. En attendant, les missions ont capté seulement… 73% des dépenses.

Institut Curie

D’après les chiffres officiels, cet organisme de recherche et de traitement du cancer – le plus gros budget français après celui de la Croix-Rouge – affiche une gestion saine. Mais les dérives récentes révélées par la Cour des comptes laissent planer un doute. Ses magistrats n’ont-ils pas condamné en avril dernier l’ancien président de la structure pour le coût exorbitant d’une embauche ?

Il faut dire que ce dernier avait recruté en 2011 un nouveau directeur, sans en informer son conseil d’administration, en lui offrant une rémunération trois fois et demie supérieure à celle de son prédécesseur. Pire, l’intéressé a ensuite été remercié en empochant la coquette somme de 256.000 euros brut (il était même question, au départ, de lui verser 588.000 euros). Question rigueur, on peut mieux faire…

Perce-Neige

Créée il y a tout juste cinquante ans par l’acteur Lino Ventura et spécialisée dans le handicap, cette fondation est, d’après nos calculs, l’association la plus rigoureuse de notre palmarès. Elle consacre en effet 98% de ses dépenses à ses missions sociales, un chiffre en légère hausse par rapport à notre précédente édition (97%).

La structure investit avant tout dans la construction et la rénovation des Maisons Perce-Neige (35 établissements au total), qui accueillent en tout 900 enfants. Mais elle soutient aussi financièrement des Classes Soleil en Ile-de-France, qui permettent à des enfants autistes de bénéficier d’un accompagnement personnalisé dans des écoles classiques. Une aide précieuse, vu le manque criant de moyens consacrés aujourd’hui aux autistes…

Secours populaire

Contrairement à d’autres structures, le Secours populaire utilise quasiment tout l’argent collecté (97% en 2016). A noter, cette fédération qui regroupe 700 associations peine à faire comprendre à ses membres la distinction entre “missions sociales” et “frais de fonctionnement”. Résultat : la plupart des 80.000 bénévoles inscrivent dans la deuxième rubrique les frais inhérents aux 1.256 centres d’accueil, alors que ces derniers devraient en réalité être affectés aux missions, puisque les locaux servent à distribuer des vêtements et de la nourriture aux plus démunis. Le trésorier général de la fondation compte sur la réforme du compte d’emploi des ressources en 2019 pour corriger le tir. Et ainsi réduire enfin le taux exagérément élevé de ses frais de fonctionnement.

LA MÉTHODE DE NOTRE ENQUÊTE

Pour réaliser la cinquième édition de notre étude exclusive des associations caritatives, nous avons épluché les comptes 2016 près de 130 structures (très exactement les “comptes emplois ressources”, ou CER, qui doivent en théorie figurer sur leur site). Le montant des ressources correspond au “total général”, et celui des dons et legs aux “sommes collectées auprès du public” (sachant que nous avons déduit les produits de placement engrangés quand il y en avait).

Pour établir la ventilation entre les différents frais (de fonctionnement, de collecte et de mission), nous avons pris pour base le “total des emplois de l’exercice inscrit au compte de résultat”, autrement dit les dépenses totales effectuées dans l’année. A noter que ces calculs n’intègrent pas les contributions des bénévoles et traitent de manière indifférenciée les structures, qu’elles bénéficient de subventions publiques ou pas.

 

Sandrine Trouvelot et Etienne Gingembre

Source: https://www.capital.fr/economie-politique/associations-lesquelles-meritent-vos-dons-1261693?amp